La tradition des danses et l’interprétation de la culture afro panaméenne s’expriment avec une richesse visuelle impressionnante dans les danses de ceux qu’on appelle aujourd’hui Diablos y Congos de Portobelo.
Ces derniers sont les descendants des Marrons, qui ont conservés les récits de leurs ancêtres dans une tradition vive transformée en une œuvre d’art, qui remonte à l’époque du colonialisme, lorsque les Espagnols amenèrent avec eux des esclaves venus d’Afrique. De nombreux captifs maltraités se révoltèrent alors et s’enfuirent dans la jungle pour former de véritables petites communautés.
Le terme « congo » s’applique aujourd’hui à la fois aux danses, à la musique et aux narrateurs des représentations folkloriques relatant l’histoire de ces anciens prisonniers.
Ces cérémonies qui coïncident avec les quatre jours de carnaval, ne sont pas des activités uniquement « carnavalesques ». Elles se déroulent habituellement dans les Palenques, c'est-à-dire des maisons où se réalisent les rites et où se trouvent la Reine.
Ainsi, le mois de février, à Portobello et dans toute la région de la Costa Arríba, est l’occasion de ranimer cette histoire coloniale en parodiant l’esprit de rébellion vis-à-vis des maîtres de l’époque : la cour d’Espagne et le clergé. Durant les célébrations, les congos utilisent un dialecte compris d’eux seuls, leurs visages sont peints en bleu ou en noir profond, leurs vêtements sont incongrus, et ils se saluent avec les pieds, marquant ainsi leurs désobéissances et leur désir de révolte.
Parmi les principaux personnages de la danse Congo, on peut mentionner El Diablo, qui, dans la tradition Congo représente le mal, alors associé aux Espagnols qui capturaient et vendaient leurs ancêtres en esclavage. Dans le jeu de Congo, baptiser et vendre le Diablo Mayor (Diable Supérieur) est une parodie de ce traitement. El Angel, l’ange, correspond à l’esprit bienveillant qui protège les congos des Diablos. Enfin, le pajarito (oiseau) est le messager du groupe qui utilise son sifflet pour aviser les autres de l’arrivée du Diablo.
Le soir venu, on danse le congo dans les villages, afin de célébrer la liberté retrouvée. Pendant la danse, les couples se forment de façon impromptue, accompagnés par trois ou quatre tambours derrière lesquels se dresse un groupe de femmes qui chantent un genre de litanie relative à la vie quotidienne.
La femme balance tranquillement des hanches, déployant sa large jupe très colorée afin d’attirer un danseur. Celui-ci invente alors les plus extraordinaires pas pour la conquérir. Une fois qu’il s’est approché de la femme, celle-ci fait mine de le chasser et change de direction. Ainsi se courtisent-ils toute la nuit.