Imaginez plus de 300 îles coralliennes serties au milieu d’une mer d’un bleu turquoise intense. Prélassez-vous sur une plage au sable fin et doré à souhait sur une île tout à vous, perdue au milieu de nulle part.
Voilà le bref portrait d’une région qui a de quoi satisfaire les rêveurs à la recherche de l’éden perdu. Pourtant, San Blas a bien plus à offrir encore au voyageur en quête de dépaysement. Kuna Yala est en effet avant tout la «terre des Kunas», un peuple souriant et fier de sa culture.
L’attrait principal de la Comarca de San Blas est en effet l’extraordinaire présence de la communauté Kuna, qui a su préserver tout au long des siècles une culture unique. Les personnes intéressées à la culture indigène pourront profiter ici pleinement, sans trop de difficulté, du vécu des Autochtones..Contrairement aux Kunas du continent, qui vivent en familles isolées les unes des autres, ceux de San Blas habitent de petits villages constitués de huttes de bambou généralement construites à même le sol et coiffées d’un toit entièrement constitué de feuilles de palmier. Ces dernières années ont cependant vu l’apparition de chapes de béton ainsi que de maisons en dur, mais ces cas demeurent très minoritaires (école, hôtels, dispensaire, etc.).
En règle générale, la plupart des îles habitées sont surpeuplées, et il n’est pas rare que certaines soient à un tel point recouvertes de huttes que toute trace de littoral semble avoir disparu!
L’habitat traditionnel de la cellule familiale ne se compose que d’une seule grande pièce commune, sans cloisons et généralement sans fenêtres. Tandis que quelques-uns dorment dans des lits, la majorité se couche dans des hamacs. La cuisine se fait dans la hutte même, au feu de bois.
La seule activité agricole pratiquée sur l’île est la récolte des noix de coco, vendues à des marchands colombiens sillonnant les îles. Les fruits qui accompagnent la cuisine kuna proviennent, quant à eux, du continent. Tôt le matin, les hommes pénètrent ainsi à l’intérieur des terres afin de se rendre aux diverses plantations établies là par chaque famille. L’après-midi, l’activité principale pour les hommes est la pêche. Sur le plan culinaire, le poisson ou les fruits de mer tels que les délicieuses conchas, accompagnées de noix de coco, de tranches de banane plantain frites et de riz, constituent des mets courants.
Tandis que quelques îles seulement ont l’électricité et sont alimentées en eau courante par un système de pompe, la grande majorité d’entre elles sont dépourvues de ces services. L’eau douce provient alors des fleuves du continent, où les hommes vont remplir de grands tonneaux qui seront transportés en bateau jusqu’aux îles. Dans certains hôtels, l’eau potable est apportée directement par avion depuis la capitale.
Sur le plan administratif, la capitale de la Comarca de San Blas est El Porvenir. Viennent ensuite les chefs-lieux qui regroupent à leur tour plusieurs îles. Ailigandí, par exemple, est le chef-lieu d’Achutupo, d’Uaguitupo et de bien d’autres encore. Comme la capitale, les chefs-lieux offrent divers services administratifs tels qu’un poste de police, une école, un dispensaire, etc.
Aujourd’hui encore la tradition orale, les assemblées de village et les récits ou discours des chefs tiennent une place importante dans la vie quotidienne. Les danses, fort nombreuses et fascinantes, font également partie de la coutume. Certaines d’entre elles peuvent être exécutées à la demande des touristes. Ailigandí et Playón Chico sont les deux îles les plus réputées pour cette activité culturelle. Sur Ailigandí par exemple, vous pourriez avoir la chance d’assister à une danse très intéressante appelée NogaGope. Une douzaine de personnes s’accompagnant à la flûte de bambou et aux maracas dansent alors sur une musique à deux temps assez rapide.
Si vous désirez photographier une femme ou un enfant, il est impératif de leur demander d’abord la permission (le guide vous aidera). Une somme leur sera ensuite remise. Pour une photo de groupe (permission requise), demandez à votre guide combien il convient de donner. Pour les personnes qui possèdent une caméra vidéo, il est indispensable d’obtenir une autorisation du chef local avant de filmer. Dans le cas d’un accord, une contribution volontaire vous sera demandée.
Les Kunas constituent probablement le peuple autochtone ayant le mieux préservé son mode de vie et son autonomie de toutes les Amériques. Il va de soi que cette nation a aussi conservé sa langue, laquelle demeure toujours la langue d’usage. Qui plus est, la majorité de la population ne parle que le kuna.
Quelques personnes, surtout les hommes, parlent aussi l’espagnol et parfois l’anglais, s’ils ont travaillé au canal par exemple. Il n’y a probablement que 20 % des Kunas vivant à San Blas qui parlent une langue étrangère.
Cette situation contribue à augmenter le choc de la visite. A un tel point que, lorsqu’un Kuna vous adressera la parole en espagnol, vous aurez l’impression qu’il vous parle dans votre langue, tellement le Kuna est éloigné de tout ce que l’on connaît.
Quelques formes propres à la langue kuna illustrent déjà la mentalité. Par exemple, pour dire « je voudrais que tu te baignes », on dit en kuna « je voudrais que tu souhaites te baigner ». au lieu de « j’aimerai que tu te fasses soigner » on dit en kuna, « je voudrais que tu désires te faire soigner ».
On évite par ailleurs les formules négatives et on trouve le moyen de mettre la phrase à la forme positive : au lieu de « si tu n’y vas pas, il arrivera telle chose », on dira « si tu y vas, il t’arrivera telle chose ».
La langue kuna n’était pas écrite ; c’est seulement au cours du XXe siècle qu’on s’est mis à la transcrire en utilisant l’alphabet latin. Leur langue étant exclusivement de tradition orale, il faut savoir que les Kunas ne possédaient aucun ouvrage écrit important avant l’arrivée, en 1970, du Nouveau Testament, traduit par Marvel Iglesias et par un pasteur baptiste.
Aujourd’hui encore, la grande majorité des Kunas n’écrivent pas leur langue, mais, depuis quelques années déjà, les enfants l’apprennent à l’école.
Ainsi, dans l’île d’Achutupo par exemple, les enfants font les six premières années scolaires dans la langue kuna. Il n’y aurait que 5% des Kuna qui vont dans la capitale pour poursuivre leurs études, et, parmi eux, seulement quelques-uns s’y établiraient en permanence.
En plus de la langue parlée couramment, il existe d’autres formes utilisées seulement par les chefs, pour les cérémonies religieuses ou encore pour les rites funèbres.