Cette région du Panama, encore relativement préservée du tourisme de masse, concentre des écosystèmes marins et terrestres d’une richesse exceptionnelle. L’île de Coiba, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO depuis 2005, abrite des fonds marins préservés où passent les baleines à bosse (juillet à octobre) et où plongeurs et snorkeleurs peuvent observer requins-baleines et raies manta.
Isla Coiba, paradis naturel protégé, héritage d’une isolation forcée
D’origine volcanique, Coiba s’étend sur 503 km², ce qui en fait la plus grande île du Panama et de toute l’Amérique centrale. Le parc national qui l’englobe couvre 270 125 hectares dont 216 543 de zones marines, protégées depuis 1991.
De 1919 à 2004, Coiba a servi de centre pénitencier. Pendant les dictatures d’Omar Torrijos puis de Manuel Noriega (1968-1989), l’île hébergeait jusqu’à 3 000 détenus répartis dans une trentaine de camps dispersés sur le territoire. Les prisonniers politiques, surnommés « Los Desaparecidos » (les disparus), y étaient enfermés, torturés, voire exécutés. La rumeur prétend que certains corps furent jetés aux requins, contribuant à la réputation sinistre de l’île.
Cette isolation forcée a paradoxalement permis à la nature de se développer sans intervention humaine. Environ 80% de la forêt de Coiba demeure vierge, ce qui en fait l’une des forêts tropicales les mieux préservées des Amériques.
Un corridor biologique d’importance mondiale
Le parc national de Coiba fait partie du Corridor Marin de Conservation du Pacifique Est Tropical (CMAR), qui relie cinq parcs nationaux : l’île Cocos au Costa Rica, Coiba au Panama, Malpelo et Gorgona en Colombie, et les Galápagos en Équateur. Ensemble, ces zones protégées représentent 211 millions d’hectares.
Le parc est entouré du deuxième plus vaste récif corallien de la côte pacifique américaine, s’étendant sur plus de 135 hectares dans la baie de Damas. Cette barrière permet l’observation de 33 espèces de requins (dont requins-marteaux, requins-baleines, requins à pointes blanches), 20 espèces de cétacés, et 760 espèces de poissons marins recensées à ce jour.
Les forêts tropicales humides de Coiba abritent une grande diversité d’oiseaux (147 espèces recensées dont 21 endémiques), de mammifères (36 espèces) et de plantes. L’île sert de dernier refuge pour plusieurs espèces menacées ayant pratiquement disparu du reste du pays : l’aigle harpie, l’ara rouge (qui vit ici en bandes nombreuses), le singe hurleur de Coiba (Alouatta coibensis) et l’agouti de Coiba (Dasyprocta coibae), deux mammifères endémiques.
Snorkeling et plongée sous-marine
Les eaux de Coiba offrent une visibilité exceptionnelle et une vie marine d’une densité rare. En snorkeling, il est fréquent d’observer des tortues marines (caouannes, luths, imbriquées, olivâtres), des raies mantas, plusieurs espèces de requins et une très grande diversité de poissons tropicaux.
De juillet à octobre, la migration des baleines à bosse transforme les eaux du golfe de Chiriquí en zone de reproduction. Les observations incluent également des dauphins, globicéphales et orques présents quasiment toute l’année.
Le parc marin bénéficie de la capacité du golfe de Chiriquí à amortir les effets du phénomène El Niño, ce qui explique la préservation exceptionnelle des récifs coralliens et la stabilité des écosystèmes marins.
L’ancien pénitencier de Coiba
De 1919 à 2004, l’île servait de pénitencier à ciel ouvert. Les eaux entourant Coiba, réputées pour leurs forts courants et la présence de requins, rendaient toute évasion quasi impossible. Les prisonniers les plus dangereux étaient gardés dans une enceinte centrale dotée d’une église et d’une petite clinique. Les autres détenus vivaient dispersés dans des camps de fortune à travers l’île, cultivant la terre pour assurer leur subsistance.
Pendant les dictatures, les conditions de détention étaient particulièrement dures. Des rapports de Human Rights Watch de 1992 documentent les tortures systématiques pratiquées dans la prison. De nombreux prisonniers auraient été enterrés dans des fosses communes découvertes lors d’explorations dans les années 1990.
Aujourd’hui, il est possible de visiter les ruines du pénitencier avec un guide du parc national. Les bâtiments se délabrent lentement, repris par la jungle et l’air marin. Seules quelques tombes marquées témoignent du passé sombre de l’île.
Santa Catalina
Santa Catalina est le village de pêcheurs le plus proche pour accéder à Coiba, situé à environ 1h15 de navigation. Il y a encore une dizaine d’années, le village était très isolé avec une route en mauvais état depuis Soná. Aujourd’hui, la majorité du trajet depuis Panama City (environ 5h30 à 6h de route) est asphaltée, même si les 20 derniers kilomètres depuis Soná restent sur piste.
Le village s’est développé avec l’arrivée du tourisme surf et plongée, proposant désormais une dizaine d’hôtels, restaurants et quelques services de base. Il reste cependant rudimentaire : un seul distributeur souvent à court d’espèces, peu de commerces acceptant les cartes bancaires, et des coupures d’électricité fréquentes.
Deux plages de sable volcanique noir encadrent le village. Playa Santa Catalina (ou La Punta) accueille les surfeurs confirmés avec des vagues puissantes pouvant atteindre 6 à 9 mètres entre février et août. Playa El Estero, située à 2 km du centre, propose des vagues plus accessibles sur fond sablonneux, idéales pour l’apprentissage et les surfeurs intermédiaires.
Santa Catalina a été découverte par des surfeurs dans les années 1970 qui ont gardé le spot secret pendant des décennies. Aujourd’hui, le village reste décontracté, attirant une communauté internationale de surfeurs, plongeurs et voyageurs à la recherche d’un Panama encore authentique.







